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Histoire
de l'Europe Urbaine
Autore
Jean-Luc Pinol
Titolo
Histoire de l'Europe Urbaine.
Tome 1, De l'Antiquité au XVIIIè siècle,
(Genèse des villes européennes)
Tome II, De l'Ancien régime à nos jours, (Expansion
et limite d'un modèle)
Luogo
Parigi
Editore
Éditions du Seuil
Anno di edizione
2003
N. delle pagine
Vol 1. 988 pagine, Vol 2. 906 pagine
codice ISBN
Vol 1. ISBN 2-02-037620-2, Vol 2. ISBN 2-02-037625-3, Edizione
completa ISBN 2-02-061293-3
Costo di copertina Vol
1. Euro 36, Vol 2. Euro 36
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Tome 1,
De l'Antiquité au XVIIIè siècle, (Genèse
des villes européennes)
Livre
I,
La ville antique, Xavier Lafon,
Jean-Yves Marc, Maurice
Sartre
Livre II,
La ville médiévale, Patrick
Boucheron, Denis Menjot
Livre III,
La ville moderne, Olivier Zeller
Tome
II, De l'Ancien régime à nos jours,
(Expansion et limite d'un modèle)
Livre
IV, La
ville contemporaine jusqu'à la seconde guerre mondiale,
Jean-Luc Pinol, François
Walter
Livre
V, La ville européenne outre-mer, Odile
Goerg, Xavier Huetz de Lemps
Livre VI,
La ville contemporaine de la seconde guerre mondiale à
nos jours, Guy Burgel
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Pubblichiamo la recensione del
Prof. Maurice Garden
per gentile concessione di:
Ms. Wendy Plotkin,
H-Urban Editor in Chief
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Reviewed
for H-Urban
by Maurice
Garden emeritus professor,
Ecole Normale Supérieure (Cachan), Paris
[Ed: Mr.
Garden's review starts by congratulating the editor of
these two volumes on the _History of Urban Europe_ from Antiquity
to the present time (Jean-Luc Pinol)
for being able to overcome two major difficulties in this kind
of work: -- managing such a large and diverse set of sources,
built mainly on monographs having different perspectives, and
being able to build a model of the European city rather than only
juxtaposing local and national case-studies. The two books include
1,350 bibliographical references
in foreign languages; two-thirds of them are in English. They
also include a large number of maps. The originality of this collective
work is that it also refers to the construction of basic concepts
from Antiquity ("civitas," "polis," "urbs"
with reference to Fustel de Coulanges)
to the Chicago School. It is not
limited to European cities but also analyzes European settlements
built outside of Europe. Thus the book should be of certain interest
to scholars working on European cities, but also to a larger group
dealing with the diffusion of urban models. -- Cynthia
Ghorra-Gobin, CNRS]
Il y a plus de quarante
ans, la Commission internationale pour l'histoire des villes publiait
les premiers volumes de bibliographies nationales d'histoire des
villes, pour l'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse, les pays scandinaves,
la France. La Bibliographie d'Histoire des villes de France, de
Philippe Dollinger et Philippe Wolff, Paris, Klincksieck, 1967,
rassemblait en 749 pages 9630 références. Une remise
jour actuelle en comporterait probablement plus du double, tant
l'histoire des villes sous toutes ses formes est devenue une branche
importante de l'histoire. Il y a plus de 20 ans, Georges Duby
dirigeait l'histoire de la France urbaine au Seuil (5 volumes,
plus de 3000 pages). Il y a également un peu plus de vingt
ans que paraissait en France la première traduction de
Die Stadt ("la ville") de Max Weber, qui donnait lieu
à une réflexion de Roger Chartier, un des collaborateurs
de l'histoire de la France urbaine, publiée dans Libération
du 6 juillet 1982 sous le titre humoristique "Dis Max, c'est
quoi une ville ?"
Aujourd'hui Jean-Luc Pinol,
un des jeunes historiens qui dans les années 1980 avec
Bernard Lepetit a rénové en France l'histoire urbaine
( _Le monde des villes au XIXè siècle_, Paris, Hachette
1991), a réuni autour de lui une dizaine d'auteurs pour
répondre à une question triple : qu'est-ce qu'une
ville ? Qu'est-ce qu'une ville européenne? Y a t il une
ville européenne dans le temps long de l'histoire, depuis
l'origine des premières civilisations urbaines jusqu'à
aujourd'hui ?
L'équipe réunie
autour de Jean-Luc Pinol a réussi à surmonter les
deux difficultés majeures d'une oeuvre collective d'une
telle ambition. La première consiste bien ici à
dominer une documentation considérable, dispersée,
inégale, constituée d'une multitude de monographies
elles-mêmes souvent massives, mais écrites à
des époques différentes, et relevant de problématiques
divergentes. Les bibliographies qui accompagnent chacun des six
livres montrent bien les écarts de connaissances d'une
période l'autre, en même temps qu'elles reflètent
les étapes successives de l' urbanisation. On doit également
féliciter les auteurs d'avoir résolument cherché
à cerner la ville européenne, et non à juxtaposer,
comme cela est souvent le cas de ces synthèses multinationales,
des séquences locales. Si l'on reconstruisait la carte
des villes citées plus de dix fois (l'excellent index des
noms de villes, des observateurs ou acteurs de la ville, et un
très précis et très varié index thématique),
on s'apercevrait cependant d'une différence. La carte du
tome premier n'est pas celle de l'axe Londres-Milan cher aux géographes
de la ville contemporaine. Elle met en avant la Méditerranée
de la période antique, Méditerranée orientale
de la Grèce, mais largement ouverte sur l'Asie occidentale
et l'Afrique (Pergame, Antioche et Alexandrie) puis de la Grande
Grèce et de l'Italie. La ville médiévale
comporte une large majorité occidentale, du sud de l'Espagne
au munificent urbanisme arabe (Cordoue, Grenade), aux Flandres,
avec une forte présence française et l'épanouissement
des villes état italiennes jusqu'au quattrocento (Florence,
Gênes, Venise). Et apparaît, encore faiblement au
Moyen Age, mais de façon beaucoup plus ample l'époque
moderne, la ville du nord-ouest, anglaise, hollandaise mais aussi
allemande, avec cette percée timide, mais nette
quand même vers l'Europe orientale et même septentrionale.
Cette analyse des citations rejoint les cartes du volume lui-même,
en particulier celles des soixante premières villes d'Europe
en 1500, 1600, 1700, 1750 et 1800: en 1500, l'Europe méditerranéenne,
essentiellement occidentale comporte 32 des 61 villes (Istanbul
compris), l'Europe occidentale, rhénane et atlantique en
compte 18, l'Europe centrale, orientale et septentrionale 11 avec
une place relativement importante du monde slave (Moscou, Smolensk,
Novgorod)
En 1700, les trois sous-ensembles
ont peu changé, respectivement 28, 20 et 12 villes avec
toutefois l'apparition de Dublin, Edimbourg et Stockholm. Mais
en 1800, la situation est fortement modifiée : la Méditerranée
ne place plus que 24 villes dans les 60 (moins 8), l'Europe occidentale
et atlantique 22 (plus 4), l'Europe centrale et orientale 14 (plus
3). Les Îles britanniques représentées par
la seule Londres en 1500 comporte en 1800 dix des soixante des
premières villes européennes : une des grandes mutations
de l'histoire urbaine,celle de la révolution industrielle
se lit dans ce défilé des cartes.
La carte des villes citée
dix fois ou plus dans le deuxième volume apparaîtrait
beaucoup plus aérée, en même temps que mondialisée
puisqu'un de ses trois livres est consacré aux villes hors
d'Europe.
Mais aux 122 villes européennes du premier volume, ne correspondraient
plus que 45 villes dans le deuxième volume, douze pour
l'Europe méditerranéenne, sept seulement pour la
France et 26 pour les Europe du Nord-ouest, du Nord, du Centre
et de l'Est. Ce grand écart correspond naturellement à
une différence de traitement de l'histoire urbaine. A partir
du dix-neuvième siècle, elle devient plus systémique
(mais Denis Menjot revendique déjà ce terme pour
la ville médiévale), plus la construction et le
fonctionnement de réseaux (mais l'approvisionnement de
la Rome impériale, ou celui du Paris des lumières
exige bien de tels réseaux, où des villes "secondaires"
servent de relais entre les lieux de production et la consommation
urbaine). Quand commence à se créer une réflexion
sur la ville, une théorie et une pensée de la ville,
autre qu'architecturale, au dix-neuvième et au vingtième
siècles, on peut réduire les exemples monographiques
à des illustrations de ces systèmes globalisés
(mais l encore les auteurs ne versent pas dans la caricature,
et il suffit de rappeler l'exemple de Jean-Claude Perrot, Genèse
d'une ville moderne, Caen au XVIIIè siècle, 1974,
pour comprendre la naissance et le développement dès
le 18è siècle d'une véritable science de
la ville, que l'on pouvait d'ailleurs présenter au
seizième siècle en Italie, ou lors de la reconstruction
de la Lisbonne de Pombal après le tremblement de terre
de 1755.)
A ce niveau de généralisation,
félicitons enfin les auteurs pour leur volonté,
dans une bibliographie nécessairement sélective,
de retenir le meilleur ou le plus accessible des publications
non françaises sur la ville. L'ensemble de l'ouvrage ne
cite pas moins de 1350 références bibliographiques
en langues étrangères, avec naturellement une forte
domination de l'anglais, près des deux tiers des titres,
devançant dans l'ordre l'italien, l'allemand et l'espagnol.
Chaque époque a son "étranger" de préférence,
et il n'est pas étonnant que l'historiographie italienne
et espagnole talonne l'anglais pour la ville médiévale,
alors que l'anglais devient totalement dominateur dans l'histoire
des villes coloniales (70% des titres), et plus encore de la ville
contemporaine (80%). Cette domination des références
en langue anglaise est renforcée par le fait que c'est
le plus souvent à travers l'anglais que l'on peut atteindre
la production historique de pays dont les langues sont peu pratiquées
à l'extérieur, comme les pays scandinaves, le russe
ou même le hollandais.
Dominer cette immensité
documentaire, sortir de la juxtaposition de monographies trop
nombreuses, (même si souvent excellentes), c'est bien sûr
l'ambition première de cette histoire de l'Europe urbaine.
Pour cela, il était nécessaire de préciser
un certain nombre de concepts qui donneraient son unité
à l'ensemble de l'oeuvre. Deux entrées me paraissent
fondamentales, et elles sont très bien explicitées
dans les quelques pages d'introduction de l'ouvrage, puis de chaque
livre. Je voudrais résumer ainsi : quelle réalité
recouvrent les définitions de la ville ? Mais quelles mutations,
quelles évolutions chaque période chronologique,
chaque modification des structures démographiques, économiques,
sociales, culturelles, religieuses, politiques impose à
la nature de la ville, cette définition globale, mais sans
cesse remise en question. Tout naturellement c'est la période
de l'antiquité qui met en place la plupart des concepts,
à la fois dans la réalité matérielle
de la ville, que l'archéologie nous donne à connaître
avec tant de précision, et dans la conception théorique
de la ville et de la cité (Hippodamos de Milet, Platon,
Aristote, Pausanias, Vitruve?), et dans son devenir politique,
(Alexandre, Auguste, Trajan jusqu'à Justinien). Dans cette
longue séquence plus que millénaire, la ville née
dans l'Asie occidentale, l'Asie mineure, l'Egypte, devient le
mode de concentration humaine où se rassemblent peu peu
tous les organes du pouvoir, dans les mondes grecs d'abord, de
façon très ancienne (Corinthe, Mycènes),
puis dans l'empire romain. Le vocabulaire marque toutes les étapes,
toutes les nuances, de l'acropole la civitas, en passant par les
polis et l'urbs. La cité antique chère Fustel de
Coulange (1866) revêt en réalité des formes
d'une grande diversité. Mais à la suite des grandes
cités de la Méditerranée orientale, et après
le relais d'Athènes, cité état, mais aussi
métropole coloniale, c'est l'empire romain qui invente
la mégalopole, en même temps capitale, politique,
économique, culturelle, et espace urbain gigantesque en
perpétuel accroissement. On ne peut pas oublier que la
Rome antique, revivifiée, presque recrée (y compris
dans ses malheurs et ses ruines) la Renaissance reste le premier
modèle sur lequel se sont bâties les capitales du
monde occidental jusqu'au vingtième siècle (seule
l'Asie occidentale et du sud-est peut peut-être offrir un
autre modèle). Mais cette mégalopole démesurée,
surpeuplée, cette ville monumentale - les monuments civils
et religieux sont le coeur de la ville, à la fois son paysage
et sa représentation - est aussi un colosse aux pieds d'argile.
D'une part elle est à ce point la concentration de tout
qu'elle ne peut être dupliquée, et les auteurs de
premier livre sont plutôt favorables aux hypothèses
moyennes -- Rome atteint probablement 1 million d'habitants aux
trois premiers siècles de notre ère, mais les "grandes
villes " de la Gaule romaine, malgré la taille de
leurs théâtres ou de leurs arènes, ne dépassent
jamais les 50
000 habitants (vingt fois moins?). D'autre part, la mégalopole
est fragile : symbole d'un pouvoir, elle s'effondre avec le pouvoir.
Les invasions successives -- mais il en fallut beaucoup, répétées
pendant
quatre siècles -- réduisent Rome en cendres, malgré
les tentatives pontificales pour la maintenir en vie. Mais les
formes politiques de l'empire romain, et ensuite de l'empire d'orient
autour de Constantinople et de Byzance, font que cette antiquité
lègue à ses successeurs l'image de l'Urbs dévastée,
plus que celle de polis grecque ou de la Civitas républicaine.
Autrement dit, l'Europe médiévale doit réinventer
la ville ! La destruction et de l'État, et de la société,
fut telle que les débuts du Moyen Age furent pour l'Europe
une longue
période de désurbanisation. L'émiettement
des pouvoirs locaux, l'affaiblissement voire la disparition de
l'État, le mode de vie féodal tout concourt à
un effacement de la ville. Et le millénaire médiéval
(5è -15è siècles) est une lente et progressive
reconstruction de la ville, sous des formes variées en
fonction des vicissitudes politiques et des expansions démographiques
et économiques. En fait tout ne disparaît pas. Le
livre 2 présente une série de schémas de
plans urbains qui montrent bien le rétrécissement
de la ville (l'exemple de Trèves), puis sa double reprise,
soit à partir du château seigneurial, soit autour
de la cathédrale, de couvents ou d'églises, puis
plus tardivement autour d'un hôtel de ville (Cracovie),
voire des marchés (Léon). A Trèves une dizaine
d'églises et de couvents se crée en dehors des murailles
romaines entre le 5è et le 10è siècle, alors
que la zone
urbaine proprement dite est réduite à peine le cinquième
du territoire de la ville romaine. Et si on a souvent identifié
la ville médiévale à la création des
murailles ou de l'enceinte fortifiée, on s'aperçoit
que
ce sont d'autres fonctions que la défense qui expliquent
le retour urbain. Le pouvoir politique, l'église catholique
joue un rôle majeur, mais le renouveau économique
et commercial, puis la volonté d'autogouvernement des élites
urbaines sont le principal moteur d'une renaissance urbaine. Et
les auteurs du livre deux concluent sur un
apport encore peu reconnu du Moyen Age à l'édification
d'une civilisation urbaine. D'une part la ville reconstruite,
repeuplée (en Italie, en France, aux Pays-Bas, mais plus
à l'Est aussi) existe à nouveau, mais en contrepoint,
elle échoue dans son élan d'indépendance
ou d'autonomie. Si les villes état italiennes perdurent,
les villes de la Hanse, les ghildes flamandes, les villes de foire
rhénanes ou champenoises, s'estompent, rentrent dans le
rang, et vont se fondre dans la reconstruction des États.
La ville médiévale lègue à nouveau
à la modernité la ville capitale, elle redevient
"la serre de l'État moderne".
La ville moderne s'inscrit
alors dans une continuité, qui se veut d'abord politique.
Les premiers textes théoriques, le De re aedificatoria
d'Alberti, l'Utopie de Thomas More, (1513), plus tard la Métropolitée
d'Alexandre le Maître (1682), s'inscrivent bien sûr
dansla redécouverte de l'Antiquité, mais tous instituent
la ville au coeur des formes nouvelles de l'état, monarchique,
despotique, mais aussi bientôt national. Alors qu'une grande
partie de l'essor urbain est une conséquence de l'ouverture
atlantique, de l'explosion commerciale, des débuts de l'expansion
coloniale vers l'Amérique, mais bientôt aussi l'Asie
orientale, alors que le port maritime voit exploser sa population
et sa richesse (Marseille, Séville, Lisbonne, Bordeaux,
Nantes, Anvers, Londres, Amsterdam?), c'est cependant la capitale
politique qui s'impose comme le type urbain- Lisbonne et Londres
cumulent les deux fonctions, mais ailleurs Paris, Madrid, Berlin,
Vienne, bientôt Saint-Pétersbourg qui symbolisent
en dehors des façades atlantiques ou méditerranéennes
le type de la grande ville moderne. Et ce sont, bien sûr,
les transformations sociales dues la concentration des pouvoirs
qui expliquent cette mutation. Prenons la monarchie
absolue française qui installe le siège et les apparats
du pouvoir à Versailles par défiance à l'égard
de la capitale historique, sans empêcher Paris de conserver
son statut, ses privilèges et son prestige de capitale.
Toutefois on ne saurait réduire la ville moderne cette
fonction de capitale même si le découpage politique
de l'Allemagne et de l'Italie multiplie ces capitales de micro
états, aux côtés des états déjà
unifiés (Espagne, France, Royaume-Uni, Russie). En effet,
on peut dater de cette période moderne le renforcement
et la cohésion des ces réseaux de villes, plus denses,
associant autour d'une ville métropole régionale,
villes moyennes et tissus de bourgs et petites villes, population
limitée, parfois moins de 2000 habitants, mais à
structure sociale nettement urbanisée. De même la
seconde moitié du dix-huitième siècle est
le début d'une évolution plus tardive, le progressif
recul au moins relatif des vieilles villes marchandes de la proto-industrialisation
textile, au profit des premières agglomérations
de la première révolution industrielle du charbon
et de la vapeur. Manchester n'a encore que 18000 habitants en
1750, mais déjà 84000 en 1800 !
De l'époque contemporaine,
les dix-neuvième et vingtième siècles présentent
des évolutions contrastées. Il est possible de dire
que le dix-neuvième siècle impose la ville européenne
comme le modèle urbain, né de l'industrialisation,
de la modernité, mais aussi d'une véritable explosion
démographique de la ville, presque à l'échelle
du continent, alors que jusque là seules quelques régions
(Flandres et Pays-Bas, Italie du nord, bassin de Londres?) pouvaient
se définir comme régions urbaines. Il ne faut d'ailleurs
pas généraliser trop vite, et Jean-Luc Pinol et
François Walter mettent en garde : l'industrialisation
est loin d'expliquer toute le croissance urbaine du dix-neuvième,
même si elle y contribue largement de l'ouest à l'est
de l'Europe. Mais la première réalité de
l'explosion urbaine n'est pas le gigantisme des nouvelles métropoles,
mais bien la multiplication des villes petites et moyennes, la
création de ce 'semis' de villes qui couvrent peu à
peu toute l'Europe. 600 villes vers 1800, 4300 en 1950 (7 fois
plus), et un resserrement de la distance moyenne entre villes,
64km en 1800, 24 en 1950, moins de 18 dans l'Europe de l'arc central
Angleterre-Italie, sans doute encore le double dans l'Europe septentrionale,
orientale et balkanique. La comparaison de ces cartes des distances
moyennes met bien en évidence les éléments
d'une nouvelle géographie urbaine. Sur les cartes de 1800
et 1850 l'Espagne et la France apparaissent comme deux pays très
urbanisés, au même titre que la Grande-Bretagne et
l'Italie, et nettement devant l'Allemagne et l'Empire austro-hongrois.
En 1900, Espagne et France ont quitté ce peloton des pays
très urbanisés, qui forment une zone continue du
Royaume-Uni à la Hongrie, et comprenant Belgique, Pays-Bas,
Allemagne, Tchécoslovaquie. La carte de 1950 n'apporte
qu'une seule différence, c'est la première place
de l'Allemagne devant l'Italie et le Royaume-Uni. L'urbanisation
est bien sûr le reflet et la conséquence des mutations
économiques, qui ont conduit concentrer une population
toujours plus importante dans les villes, qui absorbent les flux
migratoires venus des campagnes. Mais les auteurs insistent plus
encore sur le fait que ce développement urbain pose de
nouveaux problèmes de gestion et de gouvernement. Les États
nationaux sont confrontés aux désordres sanitaires
et sociaux causés par l'urbanisation. Il n'est plus question
de laisser se
poursuivre une expansion incontrôlée et anarchique
de la ville, mais il faut organiser la ville, aligner la voirie,
créer des modes d transport de masse, assainir la ville
(les égouts, l'eau courante), l'approvisionner, tout en
l'équipant pour les besoins sociaux les plus urgents (les
hôpitaux, les établissements d'enseignement, mais
aussi tout ce qui concerne la culture depuis les théâtres
jusqu'au cinéma, les hippodromes jusqu'aux stades, les
journaux et les musées). Avant la Première Guerre
Mondiale, cette évolution est ou achevée, ou amorcée
partout, même si la réponse au besoin en logements
consiste souvent à rejeter hors des limites de la ville
ancienne la majorité des nouvelles populations urbaines.
Et c'est pourtant à cette période du triomphe de
la ville européenne (les expositions universelles), qu'apparaissent
les premières fissures. Jean-Luc Pinol a eu l'excellente
idée de joindre à cette histoire de l'Europe urbaine
un livre entier consacré à la ville européenne
hors d'Europe, la ville coloniale correspondant à l'expansion
européenne du 16ème au 20ème siècle,
mais aussi la ville
post-coloniale au fur et mesure de l'émancipation des pays
et des peuples. Mais on voit bien que si partout l'Europe implante
des 'villes à l'européenne', d'abord pour ses résidents
plus que pour les populations autochtones, bien vite va se créer
un urbanisme, et aussitôt après une réflexion
sur la ville qui se libère du modèle européen.
Dès la deuxième moitié du 19ème siècle,
Chicago devient un laboratoire de la construction urbaine, auprès
duquel vont se former sociologues et urbanistes européens.
S'il y a rarement innovation dans le choix global du plan urbain
(le plan à damier de la ville américaine), il y
a en revanche dans l'aménagement de la ville américaine
(mais ensuite l'Amérique Latine) de nouvelles formes qui
finirent par l'emporter sur les anciens schémas européens.
Et l'explosion démographique de la seconde moitié
du 20ème siècle hors d'Europe fait que les capitales
européennes elles-mêmes disparaissent peu à
peu de la liste des mégalopoles mondiales : à l'aube
du 21ème siècle, Paris a disparu et Londres ne se
situe plus qu'à la frange inférieure. Au terme de
l'ouvrage, le livre de Guy Burgel sur la ville actuelle, pour
la différencier de la ville 'contemporaine', traduit une
interrogation inquiète sur l'avenir de villes européennes,
toujours marquées dans leur paysage et leur bâti,
par leur très longue histoire, mais aussi confrontées
à des problèmes de gestion, autant de l'espace que
de la société. Avec des systèmes politiques
différents, l'universalisation progressive d'un système
politique démocratique ne
donne pas de vraie solution aux problèmes d'une ville qui
est souvent sortie de ses limites, et dont il devient difficile
de donner une définition tenant compte de ces mutations
les plus récentes. Au terme de cette recension qui se situe
volontairement à un niveau assez général,
je voudrais d'abord souligner combien est réussie l'ambition
de départ : construire un ouvrage cohérent malgré
la complexité, en mettant jour une identité urbaine
européenne depuis les siècles de la création
jusqu'à aujourd'hui, et ce en tenant compte de la diversité
et des périodes, et des territoires.
Mais je voudrais aussi dire
que le lecteur trouve un grand plaisir suivre chaque auteur, à
chaque période, et que même un historien averti de
l'histoire des villes - a fortiori un non historien - saura trouver
au fil des pays le vrai bonheur de visions souvent originales
et neuves. La connaissance des mégalopoles antiques a été
profondément renouvelée ces dernières décennies,
et il est rare de pouvoir comparer dans un même cadre Rome
et Alexandrie, avant de s'interroger sur une de ces premières
grandes 'crises urbaines' qui accompagne l'effondrement de l'Empire
romain. Rare également est la possibilité de lire
simultanément pour la période médiévale
l'organisation de la ville de l'Occident musulman de l'Andalousie
ou de la Sicile, alors que commence la première renaissance
urbaine de l'Occident chrétien. Dans l'entre-deux de la
modernité, il ne faut pas oublier la créativité
de cette période moderne, avec l'invention de fonctions
totalement nouvelles : la cure, la ville d'eaux, le tourisme urbain
apparaissent alors, pendant que la ville devient le lieu privilégié
de formes renouvelées de sociabilité et de culture.
Le paysage de la maison l'immeuble avec ses nouvelles contraintes
collectives, et la multiplicité des lieux de sociabilité
culturelle - le café, le théâtre, les espaces
jeu - sont ici retracés à l'échelle du continent.
Très originale dans une vision plurielle et synthétique
toute l'attention portée pour la ville, contemporaine à
la naissance d'une pensée de la ville, mais plus encore
une approche cartographique pour l'ensemble de l'Europe des questions
d'épidémie, d'hygiène, de mortalité,
de
salubrité. Les cartes de la mortalité due à
la tuberculose ou à la typhoïde en 1920 montrent que
les historiens sont loin d'avoir exploité toute la richesse
de sources documentaires souvent négligées. J'ai
déjà indiqué quelle est la richesse d'une
vision extra européenne, et que sur l'Afrique coloniale
on dispose encore de peu de synthèse comparable. Enfin
la ville d'aujourd'hui et ses contradictions approchent l'historien
bien sûr du géographe (ce qu'est Guy Burgel), mais
aussi de l'aménageur, du sociologue, et de toute une science
de la ville reconstruite depuis Max Weber.
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